Religion(s) et maladie

Ouch, aïe, attention c’est un sujet épineux la religion. C’est quelque chose qu’on (tout le monde, même ceux qui ne sont pas malades) évite lorsqu’on n’a pas envie de gaspiller d’énergie, un peu comme la politique ou le Canadien de Montréal et l’échange de Pk Subban.

Si tu sais que c’est un sujet délicat, pourquoi tu l’abordes?
Je choisis de le faire parce que sur mon blogue, j’ai une liberté «de presse» totale. Pas de ligne éditoriale, pas de compte à rendre, pas d’objectif à atteindre. Je peux donc aborder un sujet délicat en amenant les nuances qui me plaisent. De plus, lorsque j’ai décidé de lancer mon blogue, j’ai décidé d’être authentique et transparente (dans ce que je choisis de partager avec vous). J’ai aussi décidé que je ne m’empêcherai pas d’aborder un sujet par peur de ce que les gens allaient penser de moi. C’est pour ça que je vous ai parlé de suicide dans cet article.Je sais que je peux sembler en contrôle et équilibrée de l’extérieur, mais dites-vous que vous ne savez pas tout. Choisir délibérément de se montrer vulnérable, c’est avoir assez confiance en qui nous sommes pour assumer que nous serons capables de répondre aux éventuelles critiques ou du moins être en mesure de les ignorer. Parce que quand on se sent vulnérable, la dernière chose qu’on veut c’est de tomber encore plus bas à cause de commentaires blessants.

Apparté criminologie (parce que je m’ennuie de mon métier)

Je suis habituée de rédiger des rapports pour mon travail. Je peux vous garantir que c’est beaucoup moins divertissant à lire que mes articles. En raison du fait que je doive trouver une façon de nommer des choses délicates comme: «les parents ont tant négligé leurs enfants et le milieu de vie manquait tellement de frontières que c’est devenu un milieu propice à ce qu’il y ait des contacts sexuels entre les deux enfants». Ça, c’est ce que j’observe comme intervenante, mais je ne peux pas dire les choses comme ça parce que je dois baser mes opinions sur des faits. Alors dans un rapport, ça sortirait plutôt comme suit: «Aux prises avec un problème de consommation de cocaïne depuis 3 ans, le père nous dit changer de milieu de vie chaque semaine. Les parents affirment ne pas savoir clairement s’ils forment un couple ou non. Le logement ne comporte aucune porte aux chambres, un rideau seulement assure l’intimité à la salle de bain. La mère nous dit qu’elle était désespérée de trouver de l’argent pour nourrir ses enfants (de 8 et 12 ans) c’est pour cette raison qu’elle acceptait de recevoir de l’argent en échange de relations sexuelles. Le tout se déroulait dans l’appartement alors que les enfants étaient présents. Depuis leur tout jeune âge, ceux-ci ont donc été témoins de plusieurs conflits conjugaux, de relations sexuelles entre leur mère et des étrangers, de consommation de drogues et ont été en contact avec des gens criminalisés.» Vous comprenez pourquoi les rapports sont longs… *C’est une histoire complètement inventée d’un mélange de plusieurs situations que j’ai vu, toute ressemblance avec une situation réelle est donc un hasard.*

Mais savez-vous quoi? C’est parfait que je ne puisse pas écrire mes rapports comme j’écris sur un blogue. Nommer les choses en se basant sur des faits fait en sorte que les gens se sentent écoutés dans ce qu’ils nous confient et sans excuser leurs gestes, en les expliquant, ils se sentent moins jugés. Ils ont déjà eu une vie difficile et se sentent souvent exclus de la société. Quand l’État se mêle de leur vie, c’est la moindre des choses que cela se fasse de façon respectueuse. La façon de dire les choses a une grande influence sur la réceptivité des gens.

Que vous soyez athée, chrétien, protestant, musulman, juif, la maladie ne fait pas de distinction comme l’Homme fait. La religion ne protège pas de la maladie, elle attaque l’être humain et ça, nous le sommes tous, peu importe nos croyances.

Il y a quelques jours, Ricky Gervais a publié quelque chose que j’ai trouvé très intelligent sur Facebook. Il affirme que nous sommes tous agnostiques. Attendez avant de vous choquer (j’ai entendu le NON, moi je suis XYZ dans votre tête en lisant ces mots). L’agnostisme est de ne pas savoir si un Dieu existe. Depuis la nuit des temps, personne n’a été en mesure d’amener de preuve scientifiquement mesurable et reproductible de l’existence d’un Dieu (SVP ne m’envoyez pas des «preuves» basées sur vos expériences personnelles, même si c’est touchant, ce n’est pas un fait scientifique mesurable). Peut-être que nous n’avons pas encore développé la technologie pour mesurer la présence céleste et qu’un jour cela changera. Attendez avant de me dire que votre religion explique le tout très simplement: il n’y a pas de preuve disponible parce que Dieu teste notre foi. Parce que cet argument n’est pas pertinent ici. Acceptez de pousser votre réflexion plus loin ou arrêtez de lire; vous allez vous fâcher et je ne voudrais pas être la cause d’émotions négatives pour vous.

Maintenant, face au fait que nous ne savons pas s’il y a un Dieu ou non, une dichotomisation s’ensuit et certains (la majorité des gens, je pense), choisissent de croire. Si vous êtes croyant en une religion (que vous la pratiquiez ou non), vous appartenez à ce groupe. D’autres, les athées, choisissent de ne pas croire. Voilà, c’est la seule chose qui différencie un athée d’une personne croyante: son choix face au manque de preuve. Des guerres de mots et de memes s’ensuivent (auxquelles je participe ardemment je dois l’admettre). Quoique cette guerre de mots entre athée et croyants n’a rien à voir avec la guerre entre les différentes religions. Combien de millions, voire milliards de morts au nom de la religion depuis le début de l’histoire de l’humanité? Parce que nous ne croyons pas au même Dieu, nous devons nous entretuer? Où est la logique là-dedans? Surtout que la religion que vous pratiquez est probablement beaucoup plus le résultat d’une question de géographie et de la religion de vos parents pratiquaient que de réflexions approfondies sur le sens de la vie. Vous ne me croyez pas? Regardez une carte du monde: ici.

Personnellement, je me contrefiche de votre choix en matière de religion. Cette décision est personnelle et vous appartient totalement. Ce qui m’intéresse, c’est la personne que vous choisissez d’être. Si vous êtes chrétien et que vous agissez mal parce que vous savez que vous pourrez vous confesser dimanche prochain, vous n’êtes pas une bonne personne et je ne vous veux pas dans mon entourage. Si vous êtes protestant et que vous faites du bénévolat pour les paniers de Noël, ça me dit le genre de personne que vous êtes aussi et l’on ira prendre un café. Votre religion ne vous fournit pas une morale, vous faites ça vous-même. Dieu ne nourrit pas les pauvres: le fait observable est que ce sont des êtres humains qui font le choix de s’entraider.

Maintenant la question qui tue: est-ce que vous aideriez les autres quand même si l’on ne vous menaçait pas de brûler en enfer pour l’éternité? Si votre réponse est non, vous devriez sérieusement commencer à vous questionner sur votre sens moral. Si c’est oui, je n’ai pas besoin de savoir quelle religion vous pratiquez pour savoir que vous faites les choses pour les bonnes raisons. Selon moi, pour être une bonne personne, il faut savoir que la chose morale à faire n’est pas nécessairement ce que votre religion ou même ce que la Loi vous dicte (je vous rappelle que l’holocauste était légal), on doit exercer un jugement critique. Cliquez ici pour des informations sur les stades de jugement moral selon Kohlberg. Si l’on oublie ou refuse d’exercer un jugement critique, nous ne sommes que des moutons qui suivent aveuglément une personne qu’on place sur un piédestal. Moi, je crois que la majorité des gens sont capables d’avoir assez de jugement pour savoir que d’employer des moyens de contraception en 2017, c’est mieux pour la santé des populations, même si leur religion dit le contraire.

Saviez-vous que?

Au Québec, nous vivons encore en français en 2017 parce que l’Église catholique était si présente dans les années 1600 (lors de la colonisation), que les femmes avaient toutes 10 enfants et plus (je n’exagère pas vraiment). Cela a donc créé un grand bassin de population francophone. C’est comme ça que le français a survécu depuis plus de 400 ans. L’Église n’amène pas que du négatif, mais…

J’adore ma langue, le français est une langue remplie de nuances et de poésie. Je suis triste que pour que j’aie le privilège de maîtriser cette langue aujourd’hui, des femmes se soient vues privées de leurs rêves et aient eu de la pression pour être enceintes chaque année. Beaucoup ont été violées à répétition et d’autres sont mortes pendant les accouchements (on n’avait pas la technologie d’aujourd’hui). Lorsqu’on me parle de retour aux «bonnes vieilles valeurs» prônées par certaines religions, c’est à ça que je pense. Le sexisme, le racisme, l’homophobie et les inégalités sociales. Je suis contente qu’on ne suive plus ces bonnes vieilles valeurs dans les sociétés civilisées.

Je pense que c’est toute cette colère à l’égard de l’Église qui a créé notre identité québécoise. Nous sacrons en employant des mots d’Église plutôt qu’à connotation sexuelle: hostie, câlisse, tabernacle, sacrament… Ça me semble parler assez fort du dédain que l’Église a inspiré. Ce qui explique qu’aujourd’hui, même si nous sommes presque tous baptisés par tradition (sauf mon conjoint qui a fait des démarches d’apostasie pour se faire débaptiser), nous comptons tous comme des «croyants» aux yeux de l’Église. Si le sujet vous intéresse, jetez un coup d’oeil à cet article en cliquant ici.

Bon, je constate que je suis rendue à 1400 mots et que je n’ai pas encore fait le lien avec la maladie. Ce fut donc une longue (OK très longue) introduction pour aborder mon sujet. Lorsqu’on tombe malade et qu’on est athée, on est très souvent confronté à la religion. Avant, ce n’était qu’aux funérailles, lorsqu’ils nous demandaient de faire une prière, que j’éprouvais un profond malaise (un clash causé par l’hypocrisie de prier avec mes croyances, mais que je ne veuille manquer de respect à personne).

Lorsqu’on est malade dis-je, les gens, avec bienveillance, nous disent qu’ils vont prier pour nous. Je choisis de toujours l’interpréter comme si la personne me disait: je pense à toi et j’espère que tu vas aller mieux. Je dois admettre que je préfèrerais qu’ils me disent ça dans ces mots par considération pour le fait que je sois très publiquement athée. Mais comme je ne peux contrôler ce que les autres me disent, je change simplement la phrase dans ma tête et je réponds «merci» avec un sourire. Parce que l’intention de mon interlocuteur n’est pas de m’imposer une croyance, mais de me laisser savoir que je suis dans ses pensées et la réponse appropriée à ça est un remerciement. J’ai cependant hâte au jour où les croyants auront la même considération pour la non-croyance des athées que pour ceux qui prient un Dieu différent du leur.

Certains, plus insistants, nous disent que Dieu a un plan, que si cette épreuve nous arrive c’est que nous avons la force en nous pour la surmonter (si c’était vrai il n’y aurait pas de suicides…), que c’est le mal qui nous attaque et que si nous croyons, nous allons guérir. Je trouve ça complètement inapproprié de dire ça à une personne qui vient de te dire être athée. Oui, quelqu’un m’a vraiment déjà dit ça. C’est un manque de respect total. Vous trouvez que j’ai la corde sensible? Non. Cette personne est en train de me dire qu’il a compris pourquoi MOI je suis malade basé sur des croyances aussi crédibles à mes yeux qu’un Père-Noël sur une licorne qui vole aux côtés d’un dragon sur lequel se trouve la fée des dents et le lapin de pâques. Tu n’as pas à me donner ton opinion sur les raisons pour lesquelles je suis malade selon toi lorsque ce n’est pas demandé.

C’est très intime la maladie. Tu te permets de porter un jugement sur mon cerveau et ma moelle épinière quand tu me dis ça… Difficile d’être plus intime que ça. Quoique c’était une personne fortement pro-vie anti-droit-à-l’avortement-sécuritaire-pour-la-vie-de-la-femme-enceinte, alors s’immiscer dans les parties intimes d’une femme ne semble pas être quelque chose qui dérange l’Église. Et ça, moi, ça me dérange beaucoup. Parce que, je vais paraphraser le netflix special de Sarah Silverman (écoutez-le c’est excellent):

Saviez-vous que les spermatozoïdes ont un sens de l’odorat? C’est donc vivant. Comme je suis «pro-vie» et que je veux être cohérente, je crois qu’il faut protéger la vie dans les testicules des hommes. Il est nécessaire de passer des lois pour protéger ces innocents spermatozoïdes sans défense. Avant de vous masturber messieurs, vous devrez désormais prendre rendez-vous dans une clinique devant laquelle des gens protestent contre la masturbation et vous crient que vous allez aller en enfer. Vous devrez attendre minimalement 3 jours pour réfléchir comme il faut à votre décision (car elle est irréversible) et revenir une deuxième fois. Même si la clinique est à 12 heures de route de chez vous, c’est votre problème. Ensuite, on va vous insérer une longue caméra dans l’urètre jusqu’aux testicules et vous serez obligé de regarder la vie en vous. Je vous promets que vous ne voudrez plus jamais vous masturber. Si vous le faites quand même, vous devrez payer les funérailles pour la vie que vous avez tuée par votre négligence. Oh, et même chose si c’est un wet dream, vous êtes responsables de le rapporter aux autorités compétentes. (cliquez ici pour un extrait du spectacle)

Ça ne passerait jamais une telle loi? C’est pour ça que le féminisme est encore nécessaire en 2017. Parce que s’il y avait toujours eu une égalité en politique, jamais l’avortement ne serait difficile à obtenir comme il l’est aux États-Unis.

J’ai souvent entendu/lu des «merci mon Dieu, je suis guérie grâce à ma foi», mais le fait observable est que la personne s’est rendue à l’hôpital et que c’est une équipe de soins et des médicaments qui l’ont guérie. Si Dieu nous sauvait si l’on croyait assez, aucun croyant ne mourrait (et quel Dieu méchant et narcissique à admirer, s’il ne sauve que ceux qui lui lichent le cul assez profond). Ça aussi c’est un fait observable, même si tu pries très fort chaque jour, si tu es très malade, la réalité est que tu peux mourir quand même.

Elle est triste la réalité de la vie. Mais l’accepter fait que tu te donnes accès à vivre ta vie en étant pleinement conscient de chaque moment et en restant en contact avec les émotions vécues.

Ça me permet d’accepter la réalité que j’ai la sclérose en plaques à 27 ans et que j’ai une forme très active. Accepter cette réalité fait que je vais chercher les traitements dont j’ai besoin pour me soigner et peut-être un jour guérir. Guérir grâce au neurologue qui a suivi une formation et qui s’intéresse à ma maladie. Mais aussi guérir grâce à une compagnie pharmaceutique qui aura investi des millions de dollars dans une étude novatrice risquée pour trouver les morceaux de puzzles qui manquent pour traiter la maladie. Parce que, jusqu’à preuve du contraire, le fait observable, c’est que ce sont les autres êtres humains qui nous font du bien ou du mal, pas Dieu. Mais hey, si un jour la science nous permet de mesurer une présence céleste, je suis bien prête à reconsidérer ma position!

Metallica – The God That Failed

«I see faith in your eyes
Never you hear the discouraging lies
I hear faith in your cries
Broken is the promise, betrayal
The healing hand held back by the deepened nail
Follow the god that failed»

 

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3 Comments

  1. aye oye tu m’as chatouillée! …mais tu as aussi souligné plein de points sur lesquels je te rejoins totalement. je te lis toujours avec plaisir, merci!

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