Fuck you Barrette. Mais soyez heureux Monsieur le Ministre, vous semblez en avoir bien besoin.

#tutesméritéunarticle

J’assume pleinement mon titre, au risque de compromettre toute possibilité d’avancement au Ministère de la Santé et des Services sociaux, le MSSS (eux qui aiment tant les acronymes), pour lequel je travaille indirectement quoi que pas trop ces temps-ci. Croyez-moi, je ne bitch aucunement mon employeur qui a fait son gros possible avec ce qui lui a été imposé avec la réforme, pardon, le massacre Barrette de notre système de santé et de services sociaux.

Je suis en colère, no shit Sherlock. D’abord, en tant qu’intervenante employée au Centre jeunesse depuis 5 ans déjà. Ensuite, mais surtout, en tant que patiente ou encore en tant qu’usagère comme le MSSS aime les appeler. De quoi je me plains le ventre plein la fonctionnaire-syndiquée-au-fond-de-pension-doré? Je me plains de votre manque d’humanité monsieur Barrette.

À l’école, avant de remettre un travail de session qui a le potentiel de nous faire passer ou échouer un cours primordial, on faisait nos recherches. On allait à la bibliothèque (Google n’a pas toujours existé vous savez jeunes lecteurs!), on trouvait plusieurs sources différentes qui abordaient notre sujet sous divers angles. Une fois qu’on l’avait relu plusieurs fois et qu’on était satisfait, on le montrait à quelqu’un de confiance, qui connait le sujet, et on apportait des modifications en fonctions du feed-back reçu. Mais j’imagine qu’un projet de loi, c’est moins important qu’un travail scolaire.

Vous êtes-vous seulement arrêté à considérer le facteur humain lorsque vous avez additionné les chiffres dans votre colonne de coupures? Non bien sûr, sinon vous auriez peut-être pensé à procéder par attrition (ne pas remplacer certains postes ciblés lorsqu’ils partent à la retraite). J’imagine que ça ne convenait pas à votre calendrier électoral(iste). C’est important de pouvoir dire qu’on a économisé plusieurs millions en coupant des postes de pouceux de crayons. Pour la majorité de la population qui préfère porter des oeillères plutôt que de se poser des questions, ça fonctionne très bien.

La vraie réalité c’est quoi? Quand tu coupes le haut d’une pyramide, il n’y a pas de risque que ça déboule sur les étages en dessous… right? En cette époque d’ignorance de la science, c’est possible, je présume. Dites-moi le World Trade Center, l’avion a cogné à quel étage déjà? Bon Ok, je cesse avec mes questions rhétoriques. La réalité c’est qu’en restructurant démolissant tous les services comme il a été fait, ça crée immanquablement de nouvelles structures avec de nouveaux chefs. Les postes sont attribués par compétence et les candidats doivent passer des entrevues. Plusieurs ont dû postuler sur des emplois dont ils ne voulaient pas.

«On s’en fout c’est des vieux fonctionnaires qui veulent juste se protéger leurs jobs de gras dur entre eux». Non, c’est faux. C’est votre tante Ginette qui est à 3 ans de sa retraite, qui a 3 enfants et 8 petits-enfants. Elle envisageait de commencer sa préretraite pour passer plus de temps de qualité en famille. Son poste est coupé et rien qui lui ressemble n’est créé. Elle doit soit prendre sa retraite en avance et payer d’importantes pénalités ou réapprendre complètement de nouvelles tâches pour les 3 années qu’il lui reste. C’est aussi votre ami Robert qui vient d’acheter une maison avec sa nouvelle conjointe juste à côté du bureau. Il a appris que son poste était coupé et qu’il devrait réappliquer. Malheureusement avec sa courte expérience, il devra probablement aller en région (c’est grand la Montérégie…). Il y a aussi votre cousine Louise qui travaille depuis un an sur un projet pour permettre de créer un programme spécialisé sur l’exploitation sexuelle des adolescents. Elle y croyait tellement qu’elle a investi les heures sans compter, elle a appris aujourd’hui qu’il serait coupé. Ce sont de vrais humains avec de vraies histoires et de vraies vies qui sont touchés. Ce n’est pas parce qu’on travaille pour la fonction publique qu’on est immunisé aux émotions rattachées à un tel bouleversement.

Couper sans se soucier du facteur humain, pour une entreprise c’est une chose. Pour l’État, qui doit veiller au bien-être de sa population, c’en est une autre. On s’attend à mieux de l’État, c’est pour ça qu’on tolère les privilèges comme les monopoles, parce qu’on est supposé en bénéficier comme population.

Ce que je vous reproche Monsieur Barrette, c’est de ne pas avoir fait vos devoirs préalablement.

Pourquoi avoir fait les annonces avant d’être allé sur le terrain faire votre recherche? Pourquoi ne pas avoir mené de consultations auprès des employés avant de réformer la structure? Bon, j’avais dit que j’arrêtais avec mes questions rhétoriques… Ce que je crois, c’est que le tout a été improvisé entre Ministres et autres haut placés libéraux. Sans demander aux gens qui constatent tous les jours les problèmes actuels et qui sont prêts à mettre l’épaule à la roue pour identifier leurs sources et faire preuve de créativité pour trouver des solutions. On ignore délibérément cette source d’information inestimable, disponible et déjà payée parce qu’on refuse de se faire questionner. On veut une solution rapide et on corrigera au besoin. «Si les infirmières, les psychologues, les travailleurs sociaux, les criminologues, les sexologues, les psychoéducateurs, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes, les éducateurs et les agentes administratives de même que les cadres unissent leur voix et crient assez fort que ça ne fait aucun sens, alors on considérera changer certains détails. Mais pas trop, et ils doivent sentir qu’on leur fait une faveur.» Au diable l’insécurité immense qu’on fait vivre à ces gens, ce ne sont que des salaires au bout d’une colonne de chiffres.

On pourrait se demander pourquoi une simple employée se fait du souci parce qu’on coupe des postes au-dessus de sa tête. Au-delà de la simple humanité, c’est l’impact sur les clients. Je change maintenant de point de vue pour aller de celui du patient abonné à notre système de santé.

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C’est officiel, depuis avant-hier je suis maintenant une personne handicapée. Ce l’était probablement depuis plus longtemps que ça, mais là, après: deux hospitalisations, l’achat d’un déambulateur et l’utilisation régulière d’une canne, ma vignette est tout ce qu’il me manquait pour mon kit de la «parfaite handicapée». Comme ça, les gens savent que ça ne va pas bien en dedans, même quand on a une maladie invisible.

Je dois souligner que c’est beau comme principe les stationnements pour personnes handicapées, c’est reconnaître qu’il faut aider les plus vulnérables en tant que société. C’est disponible facilement, pratiquement gratuitement et partout où on va.

Depuis le mois d’octobre dernier, j’ai dû coûter plusieurs dizaines voire centaines de milliers de dollars à l’État. Mon séjour de 3 semaines à l’institut de réadaptation Gingras-Lindsay (IRGLM) coûtait près de 800$ par jour à lui seul. Je suis extrêmement reconnaissante de vivre dans une sociale-démocratie où on s’entraide collectivement lorsqu’une malchance comme la maladie frappe un concitoyen. J’ai toujours été heureuse de payer mes impôts et mes taxes pour cette raison. C’est ce qui est menacé par la façon de faire actuelle du gouvernement qu’on élit aveuglément à chaque fois. Ils disent ce que les gens veulent entendre, qu’importe que ce soit des mensonges ou pas.

Vouloir réduire la facture de l’État et optimiser les choses est tout à fait légitime et correct. Je déplore la façon de faire bulldozer qui a été choisie par notre Ministre de la Santé.

Je vais vous raconter une histoire, Monsieur le Ministre (même si vous ne la lirez pas). La création des CISSS (Centre Intégré de Santé et de Services Sociaux, non ce n’est pas une blague, vous devriez voir nos adresses courriels) pour remplacer les CSSS (je vous laisse deviner) a eu pour effet de créer un tsunami et un casse-tête administratif. Je ne vais vous parler que d’une infime partie: le regroupement syndical obligatoire.

Selon la Loi, un Établissement ne peut avoir plus d’un certain nombre de syndicat et de catégorie d’emploi. Bref, en fusionnant les CSSS et en redécoupant le territoire, on a obligé la tenue d’élections pour choisir un syndicat pour nous représenter. Nous étions avec la CSN, nous sommes maintenant avec l’APTS. Qu’est-ce que ça change? Voyez-vous, au Centre jeunesse, les représentants syndicaux étaient des intervenants qui étaient libérés par périodes de 3 ans. Ils vont donc probablement retourner prochainement sur leur poste d’intervenant et la personne qui les remplaçait retournera sur la liste de rappel. Mais le client là-dedans? Il perd son intervenant. Des fois, ils sont bien contents, d’autres fois beaucoup moins. «Mais non, on ne coupe que des postes de hauts fonctionnaires, ça ne touchera pas la clientèle.» Je sais aussi que dans d’autres Établissements, on fait carrément un tableau blanc et on réaffiche tous les postes. Les clients ont donc tous une forte probabilité de perdre leurs intervenants. Bien sûr un nouvel intervenant leur sera attribué. J’imagine que les notions de liens thérapeutiques sont bien loin dans les préoccupations du Ministère, mais pas dans celles des intervenants qui travaillent avec les gens dans les moments où ils sont au plus vulnérable de leur vie.

Je m’éloigne, je voulais vous parler de moi, Monsieur le Ministre. Saviez-vous que les assurances collectives sont liées à notre organisation syndicale? Ainsi, en changeant de syndicat, nous devons réajuster notre politique d’assurance médicament/vie/invalidité, etc… Voyez-vous, votre seigneurie, en 2012 quand j’ai reçu mon formulaire à remplir pour mes assurances, ma sage maman m’a conseillé de prendre l’assurance-invalidité à long terme, ce que j’ai fait sans trop y penser. En 2016, lorsque j’ai reçu mon diagnostic de sclérose en plaques, j’ai sauté au cou de ma mère de m’avoir fait prendre cette assurance dont je ne croyais jamais avoir besoin. Quelle belle sécurité de savoir que si après deux ans je ne peux pas retourner travailler, je ne perdrai pas ma maison. Que si je suis en chaise roulante dans 20 ans, je vais pouvoir prioriser ma santé physique et non pas financière.

Cette semaine, j’ai reçu un formulaire. Comme je suis en arrêt de maladie, ma nouvelle couverture d’assurance que j’ai reçue ne comprend plus cette protection absolument nécessaire pour moi. Il faut réappliquer. Dites-moi monsieur Barrette, pensez-vous que je suis assurable pour l’invalidité avec la sclérose en plaques maintenant? Si je dois réappliquer avec ma condition préalable, est-ce qu’ils vont payer les 26 000$ par année que mon traitement préventif coûte? Avez-vous déjà eu à vivre l’insécurité de vous poser ce type de questions?

Mon conjoint a pris les devants et a fait des téléphones. Je crois que je remettais ça à plus tard parce que j’avais peur de la réponse. On ne pouvait pas vraiment nous répondre. En fait, oui. «Bien sûr madame, votre contrat actuel demeure en vigueur pour toute la durée de cet arrêt de maladie ci». Oui, mais moi je vais retomber invalide fort probablement encore dans les prochaines années, si ça se prolonge au-delà de deux ans, est-ce que j’ai encore mon assurance? «ehhh»

Finalement, c’est une super fille aux ressources humaines du CISSS qui m’a répondu avec vitesse et énormément d’empathie. Elle a appelé directement les assurances pour voir avec eux et m’a rappelé dans les minutes suivant notre appel. Oui, ils vont m’assurer parce qu’avec l’APTS, l’assurance invalidité longue durée est obligatoire. J’ai éclaté en sanglots en raccrochant après l’avoir chaudement remercié. Je me suis ensuite mise à trembler.

Puis, est venue la colère. Pourquoi avais-je eu à vivre toute cette peur, toute cette détresse, cette insécurité, tout ce stress inutile qui a augmenté les symptômes de ma maladie? Si on remonte tout en haut de la tour d’ivoire, on le trouve le problème. C’est votre façon de faire, monsieur Barrette. Combien de milliers d’histoires comme la mienne pensez-vous qu’il va y avoir à cause de votre «réforme» Monsieur le Ministre?

Twisted Sisters – We’re not gonna take it

«If that’s your best, your best won’t do
We’re right (yeah)
We’re free (yeah)
We’ll fight (yeah)
You’ll see (yeah)
Oh we’re not gonna take it
No, we ain’t gonna take it
Oh, we’re not gonna take it anymore»

*Pour comprendre la référence du titre: ici *

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1 Comment

  1. On aurait pu écrire des pages et des pages de conséquences directes et indirectes….Et tous ceux qui disaient qu’il n’y aurait aucun impact sur la clientèle…Voilà il y en a et on le voit chaque jour. Des chefs d’unités crevés de faire deux jobs en même temps aux coupures de postes et à tout ce que cela fait vivre à tous le personnel qui travaille pour l’état…Je joind ma voix à la tienne et je dis Fuck you itou Barette….De toute façon, je veux pas être cheffe….

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